L’année 2025 commence mal en termes de dialogue social, du moins avec le service EHS. Nous venons d’apprendre, par hasard, la volonté de réduire la vitesse des engins de 25 km/h à 15 km/h pour des raisons de sécurité. Si cette idée peut sembler judicieuse au premier abord, il est essentiel d’en examiner la faisabilité et les impacts sur les conditions de travail.
Commençons par la méthode. Le service EHS n’en est pas à son premier coup d’éclat et a prit, à notre grand regret, pour habitude de proposer des projets déjà bouclés, sans consulter ni les acteurs du dialogue social et encore moins les salariés concernés. À titre d’exemple, nous pouvons citer le projet avorté de recyclage de l’accueil sécurité, stoppé après l’intervention de FO, ou encore l’installation de filets de type "piste de ski" dans le parc pour éviter que les chauffeurs ne se retrouvent à déféquer entre les tuyaux.
Ce dernier projet doit être lourdement modifié pour des raisons de sécurité et de conditions de travail. Ainsi, il est préférable d’étudier les impacts d’un projet avant sa mise en œuvre afin d’éviter les retours en arrière coûteux et les tensions inutiles.
Concernant cette réduction de vitesse, aucune étude préalable n’a été menée sur le parc. Nous attendons la présentation aux salariés, mais d’après les premières informations, l’objectif serait d’améliorer la sécurité en diminuant de moitié la vitesse des engins.
Alors oui, il est évident que, en cas d’impact, une vitesse plus basse réduit l’intensité du choc. Toutefois, il est indispensable d’évaluer l’impact de cette décision sur les conditions de travail avant de l’imposer.
Pour les caristes travaillant dans les halles de fabrication, cette mesure aurait peu d’effet, car ils ne roulent déjà pas à 25 km/h, ni même à 15km/h. Cette décision n’apporte donc aucun effet ni positif, ni négatif, c’est ce que l’on appel dans le jargon “un coup d’épée dans l’eau”. En revanche, sur le parc extérieur, c’est une autre histoire. La superficie représente environ la moitié de l’usine, et les déplacements d’un bout à l’autre sont déjà long et chronophages.
Dans certaines conditions, il est déjà impossible de respecter les cadences actuelles. Réduire la vitesse de moitié rendrait la situation encore plus intenable, augmentant stress et frustration, deux facteurs directement liés à l’accidentologie.
Depuis toujours, la logistique est analysée uniquement à travers le prisme du chargement, ce qui n’est pas la part la plus importante de l’activité de ce service, loin de là. Il y a certainement plus de tonnes déplacées au quotidien ne serait-ce pour la gestion logistique, ou la préparation, que de tonnes chargées. Dans un contexte qui n’est pas une exception d’un parc saturé où la place est une denrée rare, cet exercice devient parfois extrêmement lourd et pesant psychologiquement. Quel cariste n’a jamais perdu ses nerfs devant l’impossibilité de faire avancer le Tetris ?
Il est donc indispensable de mener une étude approfondie sur l’impact de cette décision sur l’ensemble des activités logistiques, afin de vérifier si les équipes peuvent continuer à travailler dans des conditions acceptables avec des outils devenus deux fois moins performants. Ensuite et seulement ensuite, il faut adapter l’adéquation.
Pour illustrer, imaginez que le service EHS décide de réduire le poids des caisses à outils des mécaniciens de maintenance sous prétexte qu’elles sont trop lourdes. Si cela peut effectivement soulager leur dos, priver ces mécaniciens de leurs outils rendrait leur travail impossible. La situation est comparable ici.
Nous encourageons donc le service EHS à étudier cette question sérieusement avant de foncer tête baissée. Par ailleurs, nous leur suggérons de s’intéresser à des problématiques plus pressantes, comme l’état des bureaux de la logistique/expédition où les excréments et l’urine ruissellent au sol dans une odeur insoutenable, ou encore l’absence de vêtements de pluie de qualité réclamés depuis longtemps par FO. Ces sujets, tout aussi importants pour la santé et la sécurité des salariés, mériteraient une attention immédiate.
Enfin, nous invitons le service EHS à revoir ses méthodes en matière de dialogue social. Nous apprécions les merguez, mais, contrairement aux idées reçues, nous n’aimons pas avoir à les cuisiner dans des contextes de tension. Alors, épargnons-nous cette peine en favorisant un véritable dialogue.
À bon entendeur.